Participation au concours d’écriture de Bourg d’Oisans (février 2009)
Ajouté le 17 juin 2010
Le conte suivant écrit par Christine M. 1ère S2 a été primé à ce concours. Félicitation
Le Vieux Chêne
Un soir où comme à mon habitude je battais la campagne et le bois qui entouraient ma demeure perchée à flanc de montagne, j'entendis au loin un son qui m'était jusqu' alors inconnu. On aurait dit, ce me semble, une longue et nostalgique plainte, comme quelqu'un qui impuissant face aux évènements qui s'acharnent contre lui, s'afflige et déplore la misère dans laquelle il se trouve. Il est vrai qu'en y repensant maintenant ce qui suivit me parut tenir davantage du rêve que de la réalité mais je laisserai le soin aux lecteurs d'y adhérer ou pas.
Attirée comme par je ne sais quelle puissance surnaturelle, je me dirigeais comme hypnotisée par cette langoureuse mélodie, vers ce qui me paraissait être le lieu de la complainte. La Lune brillait, ronde, d'un éclat argenté, de sorte que étant nyctalope de naissance, je pouvais y voir comme en plein jour. C'est alors qu' à ma grande surprise je découvris, dans toute la majesté et la puissance dues à son grand âge, un Chêne en train de pleurer. Son tronc quoique lisse était par endroit noueux et contorsionné sous l'action de quelques douleurs seulement connues des ces vénérables créatures, ses branches étaient comme convulsées sous le poids des sanglots, tout son être était ainsi spasmodiquement secoué par ses larmes et le tumulte qu'il en résultait était des plus attristant. Je crois que nulle personne l'ayant entendu n'aurait pu résister à un élan de compassion et même à quelques larmes.
Cela faisait environ une bonne demi-heure que je contemplais le végétal quand celui -ci m'aperçut . Je ne pense pas que ma présence l'irrita car je ne lisais aucune colère au fond de ses yeux seulement de la surprise et beaucoup de tristesse. Nous restâmes en long moment à nous regarder les yeux dans les yeux quand s'étant calmé ,il reprit sa lente et calme respiration, je lui demandai:
• « Pourquoi pleurez-vous ? »
Il me répondit :
• « Parce que ceux de votre espèce détruisent tout sur leur passage sans se soucier des conséquences de leur actes ! Vous n'avez pas conscience des choses que vous faites vous autres éphémères ! Vous croyez qu'il vous suffit de planter pour que cela germe, d'arroser pour que cela pousse . Ne vous êtes - vous jamais intéressé aux plantes ? Vous inventez sans cesse de nouvelles machines, vous arrachez , vous goudronnez, vous bétonnez, vous polluez cette planète sans rancœur, sans chagrin . Vous ne vous souciez guère des vies que vous arrachez, piétinez ... Ce n'est pas vous qui entendez les chants d'agonies pourfendre les siècles . »
Son ton avait passé de la douceur à la colère, je voyais une noirceur envahir son regard et sa sève remonter le long des ses racines pour arriver jusqu'au cœur de cette masse de chlorophylle.
Alors il se calma et sa voix redevint triste ; affectueusement il se mit à me tutoyer comme un grand père parlerait à son petit- fils, oui à cette heure avancée de la nuit je me sentais réellement petit-fils d'arbre et moi aussi je sentais la révolte m'envahir. J'avais envie de jurer, de tempêter contre ces ingrats, ces barbares, ces monstres qui détruisaient sans vergogne cette Nature si chère au cœur de cet arbre.
• « Hélas regarde moi petit et vois ! Vois ce que je suis devenu. Les ans laissent leur empreinte sur mon écorce et bientôt déjà je me sens flétrir . L'horreur de ce monde me dessèche de l'intérieur et bientôt je ne serai plus. J'ai appelé ce soir car je voudrais transmettre un message à ceux que nous nommons les enfants c'est à dire les hommes dans ton langage! »
J'écoutais avec fascination cet être d'une sagesse inouïe me porter son message à l'attention de l'humanité toute entière. Je me sentais comme investi d'une mission et je savais que le chemin devant moi serai long. Je savais quelque part au fond de moi que ma vie ne serait jamais plus comme avant et quand il eu fini de parler alors j'entendis tout son être craquer de toute part . J'eu peur que ce ne soit la fin et je commençais à rependre des torrents de larmes quand il me dit :
• « Ne pleure pas mon enfant mon heure est venue. Chaque chose à son temps et chaque existence sa fin ! La mienne s'achève ici et je pars heureux car je t'ai rencontré toi le fils de l'homme que désormais on appellera le fils des arbres car avant de partir je te laisserai un don. A toi jeune cœur pur de l'utiliser à ta guise . »
Il me prit alors dans ces branches et me sera très fort contre lui. Je ne cessais de pleurer et je sentis ses larmes couler sur moi. Je perdis connaissance sous le coup de l'émotion et me réveillais le lendemain à l'aube. Mon arbre était mort dans la nuit mais je compris bientôt le don qu'il m'avait fait .
Depuis lors je parle aux Oiseaux, aux Plantes, au Vent, aux Arbres et à tout ce qui appartient à la Nature. Je suis en devenu un des plus grand militant pour la défense de notre planète et jamais je n'ai oublié le message de mon vieux Chêne qui disait : « Va, transmettre au Monde petit que qui aimera la Nature que qui la protègera, jamais ne manquera de rien. Dit leur bien ceci : Celui qui retournera aux sources de la vie vivra pour toujours . »
J'ai 700 ans, je m'appelle Adam et je parle aux oiseaux !